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Enquête exclusive- Maître Abbas Bangoura : l’homme qui en savait trop


I.Le juriste devenu cible du pouvoir
Maître Abbas Bangoura n’est pas un inconnu du milieu judiciaire et politique guinéen. Avocat respecté du barreau de Conakry, ancien membre de la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) lors des élections présidentielles de 2010, il a été de ceux qui ont assisté, de l’intérieur, à la transformation d’un espoir démocratique en une mécanique d’État verrouillée.
Selon plusieurs témoignages recueillis à l’époque, Me Abbas aurait refusé de cautionner certaines manipulations des chiffres électoraux qui visaient à orienter les résultats du scrutin en faveur du candidat Alpha Condé. Son départ précipité de la CENI, présenté officiellement comme une démission, fut en réalité une mise à l’écart orchestrée après qu’il ait dénoncé les irrégularités internes.
II. L’année noire : 2019, la tentative d’assassinat de Nongo
En 2019, la tension politique était à son comble. Le régime d’Alpha Condé se durcissait, la répression s’intensifiait contre les voix jugées dissidentes. C’est dans ce contexte que Me Abbas a failli perdre la vie.
Dans la nuit du 12 au 13 juin 2019, alors qu’il revenait d’un rendez-vous professionnel, son véhicule aurait été pris en chasse par deux pick-ups sans plaques d’immatriculation sur le pont de Nongo. Les assaillants, armés, ont ouvert le feu.
« Il ne devait pas sortir vivant de ce pont », confiera plus tard une source sécuritaire aujourd’hui à la retraite. Par miracle, l’avocat réussit à s’échapper en abandonnant sa voiture, criblée de balles.
III. Spoliation et harcèlement : le prix du silence
Après l’échec de cette tentative, le pouvoir s’est attaqué à ce qui lui restait : ses biens.
Ses deux maisons, l’une située à Lambanyi, l’autre à Entag, ont été illégalement saisies par le commandement régional de la gendarmerie sous les ordres du colonel Balla Samoura, un fidèle exécutant du régime Condé.
Des gendarmes furent installés dans ses concessions, et toute tentative de réclamation se solda par des menaces ouvertes. « On m’a fait comprendre que j’étais déjà mort politiquement et qu’il fallait choisir entre le silence ou l’exil », confiera Me Abbas dans une correspondance adressée à un confrère en 2021.
IV. L’exil forcé et les illusions post-Condé
À la chute d’Alpha Condé en septembre 2021, l’espoir renaît. Plusieurs exilés politiques préparent leur retour. Pour Me Abbas, c’était peut-être le moment de regagner son pays natal. Mais le réveil fut brutal.
À peine arrivé à Conakry pour quelques démarches administratives, il apprend qu’un commando avait été chargé de l’arrêter et de le « ramener vivant ou mort ».
Ironie tragique, le même Balla Samoura, autrefois bras répressif du régime déchu, venait d’être promu Haut Commandant de la Gendarmerie nationale sous la junte.
Cette continuité du pouvoir, sous de nouveaux uniformes, signa la fin de ses illusions. Avec l’aide d’amis influents et discrets, Me Abbas réussit à quitter à nouveau la Guinée dans des conditions dignes d’un film d’espionnage.
V. “Les hommes changent, le système demeure”
Aujourd’hui encore, l’avocat vit dans un exil contraint. Ses maisons sont toujours occupées, ses comptes gelés, et aucune décision de justice n’a réparé l’injustice subie.
Ce dossier illustre, mieux que tout autre, la persistence des structures d’impunité en Guinée.
Les visages changent, les slogans évoluent, mais le système reste. Un système qui écrase, recycle et récompense les mêmes hommes, au détriment de ceux qui ont osé dire la vérité.

Épilogue
Maître Abbas Bangoura reste pour beaucoup un symbole du courage et de la probité dans un environnement politique gangrené par la peur et les arrangements.
Son histoire, encore peu connue du grand public, interroge :
Combien d’autres Guinéens ont payé le prix du silence imposé par un système qui se perpétue sous des formes différentes ?

Abdoul latif Diallo
Journaliste d’investigation
Très très indépendant

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